Poussières Temporelles

À quoi pensent donc les gens lorsqu’ils évoquent leur présence à un rendez-vous à 14h et des poussières ? Quels sont donc ces quelques grains évoqués ? De simples secondes perdues dans le vent, ou de longues minutes qui s’envoleront dans l’oubli ? À moins qu’ils ne soient que la résurgence d’anciens systèmes de mesure temporels. Ainsi, le valeureux sablier, égrenant les secondes inlassablement tandis qu’il est posé la tête en bas, aurait encore de beaux jours devant lui ?

Je dois avouer que je ne sais plus à quelle école m’en tenir. Mais j’aime à croire que cette langue française n’est pas celle que l’on voit au premier abord, pleine de jolis mots sans sens, se suivant les uns les autres dans d’absurdes idiomes, tant usités qu’ils n’en ressort rien sinon leur propre vacuité.

En langue comme en sciences, peu d’événements arrivent par hasard, chaque expression est la conséquence directe d’une expérience collective, l’évocation d’un ressenti populaire. Je citerai pour exemple : « Se serrer la ceinture », dont le sens premier est devenu sa propre cause, évoquant à l’origine les effets d’une quelconque famine sur le volume abdominal du peuple, et par conséquence la privation.

Mais quitte à digresser, autant le faire jusqu’au bout. Je me pose une nouvelle question, pourquoi ce besoin de créer ce type d’expression ? Cela semble un propre de toute société humaine, puisque l’on retrouve des idiomes similaires dans beaucoup de pays et de langues. Finalement, les idées et concepts abstraits, comme la Liberté ou l’Égalité ne sont ils pas à eux seuls des expressions idiomatiques, bien avant d’être des symboles, servant de liant social (qui bien malheureusement s’effrite); exprimant le ressenti collectif à un moment précis de notre histoire ?

Finalement, et cela me semble assez évident, les langues se forment par les expériences sociales de ceux qui la parlent, et les locuteurs sont eux-même formés socialement par cette langue. C’est cette dualité qui apporte à la langue sa complexité, et lui offre ainsi sa possibilité d’exprimer des concepts abstraits, résultant de l’expérience collective.

Quant à moi, je préférerais me trouver à ce moment précis sur la plage formée de toutes ces poussières de temps perdu.